Vol. 2, núm. 4 - Noviembre 2003     Órgano Oficial de expresión de la Fundación OMIE
Revista Internacional On-line / An International On-line Journal
 
 


Le " Groupe-Crise "
dans un Centre de Thérapies Brèves (C.T.B.) pour adultes
(pág. 2)

Dominique de Verdiere et Arturo Salvador.

 
 

Le cadre et les règles du groupe nous paraissent importants, comme : des horaires précis, une fréquence fixe, une présence régulière et la règle de discrétion. Mais certains points sont à aménager en fonction de notre clientèle spécifique. C'est ainsi que nous appliquons non pas la règle d'abstinence mais la règle de restitution : en effet, nous ne demandons pas aux patients de ne pas se rencontrer en dehors du groupe car ce serait absurde pour des patients repliés sur eux-mêmes que nous encourageons à sortir de leur isolement. Mais dans la mesure où les patients parleraient du groupe en dehors des séances, nous leur demandons de ramener ce matériel dans le groupe. Il n'est pas rare que des contacts privilégiés se nouent via les groupes mais lorsque les patients vont mieux, ils ont tendance à espacer leurs contacts avec nous comme avec les patients du Centre. L'un de nos buts est atteint lorsqu'ils deviennent capables de renouer des contacts à l'extérieur, transposant ainsi dans leur vie privée ce qu'ils ont vécu et intériorisé au Centre.

L'un des objectifs est donc la resocialisation. Un autre objectif, et non des moindres, est de permettre un développement de " l'insight ". Cette participation à une expérience psychothérapeutique est susceptible de constituer un repère auquel le patient pourra faire appel ultérieurement en cas de besoin. Mais il est bien évident que le traitement de crise n'est qu'une première étape nécessaire, utilisant le temps de la crise comme un moment privilégié permettant une réflexion et une remise en question. Amorcé à cette occasion, le travail psychothérapeutique devra se poursuivre à plus long terme, ailleurs, pour aider le patient à consolider ses découvertes et à procéder à un véritable réaménagement intérieur.

Pour illustrer ce qui peut se passer dans le Groupe-Crise, nous avons choisi des moments significatifs d'une suite de séances.

" L'illusion groupale " (Anzieu, 1984) est un phénomène de groupe auquel nous sommes fréquemment confrontés. Nos patients la formulent souvent ainsi : " Le C.T.B. est un refuge, ce groupe est une famille, l'équipe est fantastique… Ici au moins on n'a pas besoin de mettre un masque, on peut se montrer comme on est, on nous comprend, ce n'est pas comme à l'extérieur… "

Au début de l'été 1986, plusieurs séances de suite avaient été consacrées à l'élaboration d'une problématique de deuils ou de séparations réels à laquelle plusieurs patients étaient confrontés (perte d'un mari ou d'un enfant, séparation conjugale, etc.). C'est dans ce contexte d'affects dépressifs, d'un sentiment de solitude et d'une peur d'affronter les conflits dans un couple que sont venus s'inscrire plusieurs facteurs désécurisants pour le groupe, à savoir :

- l'absentéisme marqué d'une patiente

- l'attaque du cadre : la porte de la salle de groupe avait été cassée pendant un week-end par un patient du C.T.B., extérieur à ce groupe

- enfin, l'anticipation des vacances d'été, le groupe continuant à fonctionner sans interruption, mais avec seulement un thérapeute présent pendant une assez longue période.

Ceci a suscité des fantasmes d'ordre régressif, plusieurs patients exprimant avec nostalgie leur vécu de la clinique Bel-Air, expérience qualifiée par eux de " bonne, mais trop courte ". Le clivage habituel (" bon " C.T.B. - " mauvais " Bel-Air ") commençait à s'inverser, la clinique devenant dans l'esprit de certains un refuge tentant face à tous les changements dans le groupe.

L'apparente harmonie s'est révélée illusoire, le groupe réalisant qu'il n'était pas un ensemble homogène de gens stables et toujours disponibles, mais qu'il était composé de deux sous-groupes discontinus : les patients (voir les absences et le " tournus " de sorties) et les thérapeutes (en vacances à tour de rôle).

Depuis un certain temps, les patients avaient choisi de se présenter dans le groupe par leur prénom plutôt que par leur nom de famille. Par contre, les thérapeutes (qui, entre eux, se tutoient et s'appellent par leur prénom) disent " Madame " ou " Monsieur " lorsqu'ils s'adressent directement à un(e) patient(e). Il s'est trouvé que pour la première fois, une patiente a exprimé le souhait d'appeler également les thérapeutes par leur prénom, " à l'américaine ", disait-elle, en vantant le style des " nouvelles thérapies "..

Le débat ayant été élargi à tout le groupe, les autres patients ne l'ont pas suivie dans son désir, préférant en effet qu'il y ait une certaine distance entre soignants et soignés (distance signifiant pour eux respect mutuel : " on n'est pas des copains "…). Et les thérapeutes ont ratifié le vœu de l'ensemble du groupe en ne changeant pas leur manière de faire même si cela frustrait un membre du groupe (qui échouait ainsi dans sa tentative de restaurer l'illusion groupale).

Ce qui a permis à la colère, liée à tous les changements dans le groupe (et en particulier aux vacances successives des soignants) de sortir peu à peu :

- d'abord indirectement, par de l'absentéisme (compétition avec les thérapeutes pour " prendre des vacances du groupe ") et une tendance aux sorties prématurées (" quitter le groupe avant d'être quitté "). C'était une colère non dite, agie.

- Puis, directement et en paroles, mais via un déplacement du conflit soignants-soignés sur la fratrie du groupe : tension et rivalité entre patients à propos de qui monopolisait le temps de parole, impression que si une personne prenait trop de place, une autre devrait s'exclure, que la coexistence ou les compromis étaient impossibles (loi du tout ou rien), etc.

Tout ceci était un matériel à travailler dans le groupe, et la situation a commencé à se détendre lorsque chacun a pu décider de prendre sa place sans pour autant prendre celle du voisin…

Nous avons fait le lien entre la problématique individuelle de certains (l'angoisse de séparation dans un couple par exemple) et la problématique actuelle du groupe (l'angoisse de séparation lors de l'annonce des vacances des uns et des absences des autres).

Nous avons pu aborder le problème des différences dans le groupe (soignants-soignés, hommes-femmes, anciens-nouveaux, etc.) et voir ensemble que ces différences représentaient aussi une richesse et pas seulement une difficulté pour le groupe. La projection du " mauvais " sur l'extérieur (que ce soit la clinique, les familles, les employeurs ou le " système social " dans son ensemble) a pu être ramenée dans le groupe. Les conflits entre patients ont été abordés pour eux-mêmes dans un premier temps avant d'être interprétés comme un déplacement de la colère destinée aux thérapeutes qui, à tour de rôle, " lâchaient " le groupe le temps de leurs vacances.

Nous pouvons voir en effet ce déplacement comme une tentative de trouver un bouc émissaire parmi les patients pour protéger les thérapeutes de l'agressivité du groupe, en évitant ainsi un sentiment de culpabilité assorti d'une crainte de représailles, selon la loi du Talion.

Les patients ont pu vivre dans le groupe, " hic et nunc " une colère qui n'a pas été destructrice, malgré les craintes de certains (qui ont éprouvé le besoin de se rassurer après coup). Enfin, le fait d'affronter ensemble une crise dans le Groupe a montré à chacun concrètement que surmonter une crise était une chose possible (et pas seulement souhaitable). Ce qui était une expérience importante à faire pour des patients vivant par ailleurs chacun une crise personnelle à un moment donné de leur histoire.


Conclusion

Nous pensons que la dimension groupale peut permettre une " décentration " du patient par rapport à sa problématique. Chacun peut, en effet, relativiser sa situation, élargir sa vision des choses et vivre une expérience nouvelle, enrichie des apports des autres membres du groupe. C'est cet aspect d'expérience vécue (au sens d'expérience correctrice d'Alexander (1959) qui nous paraît porteur d'un changement, pour autant que nous nous donnions les moyens de travailler cela le temps nécessaire, à travers des étapes successives.

 
 
             
   
   
   

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