Vol. 2, núm. 4 - Noviembre 2003     Órgano Oficial de expresión de la Fundación OMIE
Revista Internacional On-line / An International On-line Journal
 
 


GROUPE " ECHANGE " A LA POLICLINIQUE DE GERIATRIE (GENEVE):
ENTRE SOCIALISATION ET PSYCHOTHERAPIE (*)
(pág. 3)

Lydia Haz, M. R. Rampa .

 
 


" Séance 9 : " Les rivalités des sexes "
La co-conductrice est seule lors de cette séance et resitue le cadre en citant les absents et quelques règles inhérentes au groupe afin d'apporter un cadre sécurisant. Le contre-transfert analysé ultérieurement suggère que la co-conductrice a ressenti le besoin d'apporter un cadre rassurant, non seulement pour le groupe, mais aussi pour se rassurer elle-même quant à ses compétences à conduire une séance.

Le premier sujet de discussion porte sur les différences de goûts alimentaires, mais soudain, un patient mentionne que le nombre de femmes est supérieur aux hommes dans ce groupe. Le début de la séance est ainsi marqué par un état de tension important, plusieurs remarques en attestent : " Oh il remet ça ! " ou " Mais c'est comme ça ! Faut s'habituer maintenant " et " Mais y a pas besoin de râler ! ". Ces différentes réactions suggèrent que divers sentiments, comme l'agacement, l'énervement, ont été accumulés au fil des séances. C'est comme si le champ historique, mentionné par Correale (cité in Neri, 1997), était ainsi réactivé.

Cette séance met en avant les rivalités homme-femme ainsi que certaines confrontations entre deux hommes dans une recherche de prise de pouvoir particulièrement visible vers la fin de la séance. L'apparition régulière de cette rivalité et de l'agressivité est une particularité dans ce groupe. Comme si ce dernier avait besoin de décharger la tension et l'agressivité pour tester sa fiabilité et sa consistance. En effet, il faut soulever que l'absence du conducteur a certainement eu une influence sur le déroulement des échanges et pourrait expliquer pourquoi la tension était fortement présente durant cette séance.

" Séance 10 : " le pouvoir de la femme "
Dans cette séance, le champ du groupe est tout de suite déstabilisé par les remarques provocatrices de deux hommes concernant les relations avec les femmes. Ce jeu de séduction se transforme en jeu de pouvoir où la tension est élevée. Or, on remarque qu'après cette période de tension, les forces du champ du groupe se remettent en équilibre et permettent à certains membres de se libérer et de faire part de moments de vie douloureux (perte des capacités et des êtres chers). Comme dans la séance 2, le groupe a besoin d'un temps pour se tester pour se rendre compte qu'après le " combat ", il n'y a pas de danger à se livrer aux autres.
Les champs respectifs de certains patients sont en résonance dans cette séance puisque plusieurs personnes réagissent lorsqu'il est question de la souffrance des animaux qui est ensuite transposée à celle des humains.

" Séance 11 : " Se mettre à nu "
On remarque que les critiques vis-à-vis du rôle des psychologues sont évoquées en dehors du cadre, avant le début de la séance. Ce processus groupal défensif (Cf. présupposé d'attaque cité par Bion) déjà aperçu lors des séances 1 et 4, réapparaît ici pour signifier que le groupe s'est senti en danger, abandonné lorsque le " couple de conducteurs " n'était pas présent les dernières fois.
Après l'interprétation du psychologue sur le sentiment d'abandon vécu par le groupe, plusieurs membres font part implicitement de leur souhait d'avoir un espace où ils peuvent se livrer et faire part de leur souffrance. Une patiente, qui d'habitude s'exprime peu et difficilement, a pu communiquer sa souffrance personnelle liée à ses pertes de capacités physiques et intellectuelles.

On peut se demander si les critiques au sujet de la co-conductrice ne seraient pas liées aussi à l'absence du conducteur lors des deux dernières séances. Peut-être le groupe a-t-il ressenti ce sentiment d'abandon resté latent les deux dernières fois et se manifeste vivement avant même le début de la séance. Il se manifesterait aussi par les silences, souvent présents, qui indiquent que la tension est bien ressentie par tout le groupe, par l'ensemble du champ.
Limites du travail

Par rapport à la méthodologie et plus particulièrement la transcription des séances, il est à noter qu'elle ne reflète pas dans son intégralité la séance réelle. En effet, il n'a pas toujours été facile de retranscrire certains échanges, notamment lorsque plusieurs personnes parlent en même temps, ce qui a rendu la compréhension difficile, voire impossible à certains moments.

Les données relatives à la communication non verbales sont quasi inexistantes vu l'outil utilisé pour cette recherche. Celles qui ont été relevées, sont celles dont j'ai eu le souvenir le plus prégnant. Les informations concernant l'infra-verbal auraient permis de compléter l'analyse car certains patients qui peuvent sembler silencieux verbalement ne le sont pas forcément sur le plan de la communication non verbale. Un dispositif comme la caméra aurait permis de récolter ce type d'informations.

L'enregistrement des séances a permis de récolter de nombreuses données. Or, la présence de l'enregistreur a été perçue au début comme un objet perturbateur. Malgré les précisions apportées par le conducteur concernant le but de ces séances, on peut relever les remarques suivantes qui indiquent que la présence de l'appareil est vécue comme intrusive et dérangeante : " On ne va quand même pas dire des méchancetés" ou encore cette phrase qui montre de façon implicite la peur de cet objet perçu comme pouvant dévorer les membres du groupe " Il ne mord pas ". Ce dispositif a certainement influencé le rythme et les sujets des séances. Il a été petit à petit inclus et oublié par la suite. Un patient a même relevé son absence alors que les séances pour mon travail étaient terminées.

L'élaboration d'un questionnaire de A à Z a permis de constater combien il est difficile d'établir des questions claires. Certaines questions qui semblaient sans ambiguïté ne l'étaient pas forcément pour les patients. De plus, il a été difficile de construire un questionnaire uniquement avec des questions sur un mode qualitatif.

Il a été demandé aux personnes d'être aussi sincères que possible dans leurs réponses, mais ces dernières doivent être considérées avec prudence. Il se peut que malgré les explications, des sujets aient répondu d'une certaine manière " pour faire plaisir " à l'expérimentateur craignant qu'il ne les juge sur leurs réponses.
Cependant, le fait d'avoir spécifié la garantie de l'anonymat des réponses ainsi que l'importance de l'aide des patients dans cette recherche, a énormément contribué à la consolidation du lien thérapeutique et à la spontanéité des réponses.

Lors de la passation du questionnaire, il est arrivé de répéter, voire de paraphraser certaines questions. Il faut aussi souligner que la rencontre avec les patients ne s'est pas résumée au questionnaire, mais à un réel échange entre les patients et l'expérimentateur. Certains ont confié à ce dernier combien la solitude était pesante et qu'il n'était pas facile par moments de parler au sein de sa famille.


CONCLUSION


Avant d'entamer cette recherche, je me doutais bien que ce groupe " échange " ne représentait pas seulement de simples discussions " de café " dans un but unique de socialisation, mais visait également un objectif thérapeutique certain et avait du sens pour les personnes âgées vu les problématiques dont elles souffrent.

Il ressort de cette analyse, qui ne prétend pas être exhaustive, que le cadre de ces groupes " échange " comporte plusieurs points communs avec les groupes psychothérapeutiques analytiques habituels: tout d'abord, la régularité du lieu, du jour et de la durée de la séance qui peut varier car ce groupe fait partie d'un cadre institutionnel imposant parfois son propre rythme de fonctionnement. De plus, on retrouve certaines règles inhérentes à ce groupe " échange " (Cf. la règle de la discrétion, des libres associations, des interprétations) qui sont aussi appliquées par des professionnels formés ou sensibilisés à la thérapie de groupe.

Au sujet de la dynamique du groupe, il s'avère que ce dernier fait appel à certains processus défensifs groupaux comme on peut les retrouver dans les psychothérapies analytiques de groupe. Les plus prégnants sont les présupposés de base cités par Bion- la dépendance et l'attaque-fuite- ainsi que la présence des silences, de boucs émissaires et de tensions qui sont récurrents dans ce groupe.

Concernant la perception des participants par rapport à l'utilité de ce groupe, les proportions élevées de réponses positives au questionnaire parlent d'elles-mêmes. Les commentaires suivants mentionnés spontanément en attestent : " Je me sens souvent seul, c'est bien de pouvoir parler " ; " Ça m'apporte d'échanger des idées, c'est important pour moi (…) on n'imagine pas que d'autres personnes ont vécu la même chose, ça soulage " ; " On est une bonne équipe, on est en famille…(…) on a fait des amitiés ". Cette dernière remarque reflète le sentiment d'appartenance à une équipe qui est unie dans un objectif commun, à savoir celui de pouvoir partager, échanger des pensées, des idées. De plus, le groupe se considère également comme une famille, avec un père qui serait représenté par le conducteur, une mère représentée par la co-conductrice et les frères et les sœurs symbolisés par les membres du groupe.

Le groupe " échange ", à travers son champ, représente, au vu des séances analysées, un réel " espace de vie ", comme le mentionne Lewin, dans lequel les membres se sentent exister et encore utiles à autrui. On peut donc entrevoir les discussions de ces séances comme un échange entre des personnes ou comme un groupe qui échange. Le caractère anthropomorphique du groupe permet de considérer ce dernier comme un être vivant, qui pense et qui éprouve des émotions.

Plusieurs questions peuvent se poser : par exemple, quelle a été l'évolution de ce groupe au cours des trois mois d'étude ? Les feed-back positifs de certains patients communiqués lors de moments informels laissent penser qu'il y a eu un changement, difficilement quantifiable, mais qui est toutefois perceptible dans l'ouverture face à l'échange et quant à la cohésion du groupe. L'intérêt aurait été de poursuivre cette étude sur les autres groupes échanges afin d'avoir des points de comparaison quant à la dynamique de ces groupes.

On peut se demander aussi quelle aurait été l'évolution d'un groupe " échange fermé ". Il est fort probable que l'effet thérapeutique ainsi que les changements internes au groupe auraient été plus flagrants, plus transparents. Or, dans un contexte institutionnel de soins communautaires dans lequel se situe la Poliger, il paraît difficile d'instaurer ce type de groupe ; cela irait dans le sens contraire à la philosophie de ce service qui est de prendre en charge une large partie de la communauté.

Finalement, l'idée d'envisager l'expansion de ce type de groupes dans des lieux tels que des foyers, des institutions autres que dans le domaine psychiatrique, serait à mon avis très bénéfique à cette population qui ne cesse de croître dans nos pays, au vu de la richesse des interactions et de l'apport certain sur un plan individuel.


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(*)Travail de diplôme à l'Université de Lausanne (octobre 2003)

 
 
             
   
   
   

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