Vol. 2, núm. 4 - Noviembre 2003     Órgano Oficial de expresión de la Fundación OMIE
Revista Internacional On-line / An International On-line Journal
 
 


GROUPE " ECHANGE " A LA POLICLINIQUE DE GERIATRIE (GENEVE):
ENTRE SOCIALISATION ET PSYCHOTHERAPIE (*)
(pág. 2)

Lydia Haz, M. R. Rampa .

 
 

RESULTATS

Questionnaires

D'une façon générale, on remarque que les sujets répondent davantage selon le pôle positif pour les cinq catégories du questionnaire. Cela indique déjà que la perception des sujets vis-à-vis du groupe " échange " est positive.

Plus précisément, la catégorie qui se démarque par rapport aux autres est celle consacrée au plaisir, à l'aise, signifiant par là que la participation au groupe est vécue comme un réel plaisir et comme une satisfaction qui sont partagés par l'ensemble des sujets.

Presque la majorité des patients (15 sujets sur 17 pour la catégorie communication) se sentent compris et disent pouvoir partager librement leurs idées, leurs sentiments au sein du groupe.
Concernant l'importance et l'aide effective du groupe lors de moments de solitude, elles sont partagées par plus de la moitié des sujets (14 sujets sur 17).

De même, par rapport aux relations interpersonnelles, 14 sujets sur 17 ont le sentiment d'être acceptés et respectés par les autres et ne se sentent pas contrariés par certaines remarques d'autres membres.

Finalement, un tiers des sujets semblent ne pas se référer au groupe lorsqu'ils se retrouvent à l'extérieur, en famille, ou avec l'entourage.

Séances Groupales

Parmi les douze séances analysées, voici quelques-unes qui me paraissent illustrer au mieux ce groupe " échange ". Elles visent à donner au lecteur les sujets de discussion ainsi que les mécanismes de défenses les plus prégnants de ce groupe en rapport avec des concepts théoriques tirés essentiellement des théories psychanalytiques de groupe.

" Séance 1 : " Les Attaques "
Très vite, un certain agacement apparaît de la part de certains sujets parce qu'un patient, Pierre G., a évoqué lors des précédentes séances le thème de la religion et de la réflexologie, arguments ayant provoqué des discordances au sein du groupe. Ce même membre se montre comme quelqu'un qui possède des connaissances que les autres n'ont pas. Les autres membres se sentent ainsi parfois dépassés et agacés par ses remarques savantes. Une " tension commune au groupe " (Ezriel, 1950) émerge alors : le sentiment d'agacement se diffuse et touche d'autres personnes comme la remarque suivante de Simon T. : " A vrai dire ça m'ennuie…ça m'ennuie complètement de parler toujours de réflexologie ! ".

Les réflexions répétitives de Simon T. concernant l'inutilité de la discussion provoquent un déséquilibre. Il survient alors un mouvement d'agrégation de certains patients qui s'allient pour défendre l'utilité et la valeur de ce groupe " échange ". Ces derniers se sentent en effet menacés et ils défendent dans un sens leur propre identité et estime de soi : grâce à l'échange, ils se sentent encore exister et utiles pour quelque chose. Les patients réagissent par conséquent sur un plan individuel, mais aussi groupal ; on peut rattacher ce comportement au présupposé d'attaque décrit par Bion car l'unité du groupe entier est menacée. De plus, ce mouvement d'alliance de la part de plusieurs patients peut aussi signifier le désir de vouloir revendiquer leur sentiment d'appartenance au groupe : c'est par ce sentiment-là qu'ils se sentent aussi exister et valorisés.

Comment expliquer les remarques agressives et provocatrices de Simon T. face au groupe ? Ces attaques seraient peut-être une manière de tester la fiabilité, la consistance du groupe comme moyen pour se rassurer et par la même occasion rassurer le groupe lui-même quant à son existence.


" Séance 2 : " Guerre et paix "
Plusieurs interventions vives sur le thème de la guerre apparaissent, mais de façon désordonnée et entrecoupée. Le conducteur tente alors de ramener ces événements extérieurs au groupe pour leur signifier par là que l'évocation de tels thèmes reflète peut-être quelque chose au niveau de la dynamique de groupe.
Après l'intervention du psychologue, il se produit, au travers de différentes associations, un glissement de l'évocation de la guerre aux problèmes de couple.

La fin de la séance est très riche émotionnellement : en effet, suite à l'annonce de l'arrêt de la séance, l'un des patients mentionne la séparation d'avec son enfant très jeune et une autre révèle au groupe qu'elle a été abandonnée par son père. La fin de la séance évoque certainement des sentiments de perte, d'abandon restés latents et qui se manifestent d'une façon intense dans les dernières minutes de la séance. On peut aussi relier cette décharge d'émotions au phénomène de condensation vu qu'il y a eu accumulation des pensées et décharge soudaine d'émotions. Cela pourrait être également qualifié de mécanisme de défense dans le sens où les patients expriment, de façon brève, des événements douloureux juste au dernier moment (" le syndrome de la poignée de porte ").

Le groupe lors de cette séance est passé par une phase évolutive : au début, la discussion qui porte sur les guerres est très vive, puis l'atmosphère et la dynamique de groupe se calment et offrent un espace plus paisible où certains membres se livrent sur un plan plus personnel. L'évocation du temps d'apprentissage des connaissances chez l'enfant à la fin peut être mis en parallèle avec le groupe : il faut aussi un temps pour pouvoir se parler, avoir confiance en l'autre pour pouvoir davantage se livrer.

" Séance 3 : " La nécessité d'un sauveur "
Pour faire face à l'insécurité du cadre de départ (retard et oubli d'un absent), Simon T. mentionne le déséquilibre hommes-femmes avec une supériorité numérique pour ces dernières. Thérèse R. confirme l'absence d'un patient et répond ainsi à l'observation initiale. Les conducteurs font acte de réparation en mettant une chaise pour la personne momentanément absente. On remarque en ce début de séance que le groupe est à la recherche d'un cadre sécurisant : le psychologue est perçu par Pierre G. comme le guide, comme une personne au-dessus des autres, qui a " un atout " parce qu'il aurait une supériorité des connaissances.

Ces différentes remarques élogieuses peuvent indiquer que ce patient est en quelque sorte le porte-parole du groupe (vu que les autres membres sont silencieux) par rapport à la perception du rôle du psychologue. Le présupposé de base de la dépendance pourrait expliquer pourquoi le groupe souhaite être " protégé, nourri intellectuellement et affectivement " par le conducteur qui volontairement ne répond pas à cette demande. Ainsi, Pierre G. prend le rôle de celui qui dirige et pose des questions en rapport avec la religion. Il tenterait dans un sens de retrouver un pouvoir au sein du groupe, pouvoir qu'il ne possède plus dans sa propre famille; ce dernier monopolise l'attention et provoque de l'énervement (c'est-à-dire qu'il suscite une très forte curiosité sans donner les solutions aux énigmes qu'il pose) chez les autres patients.

Les nombreuses digressions qui suivent font penser à une recherche de stratégies pour limiter l'angoisse vu que le conducteur ne répond pas à la demande d'être le guide, le sauveur du groupe. Le psychologue relie néanmoins cette angoisse aux phénomènes des guerres extérieures ainsi qu'à la réorganisation prévue du département de la Poliger.

Le besoin de croire en quelqu'un ou en quelque chose pour le futur nécessite donc la présence d'un " sauveur " du groupe agissant dans un cadre rassurant. En effet, face au cadre flottant, le groupe se rabat alors sur le conducteur et lui signifie (inconsciemment) qu'il doit sauver le groupe, le rassurer, comme le fait la mère avec son enfant lorsque ce dernier se sent angoissé ou frustré.


" Séance 5 : " la météo relationnelle "
Après plusieurs digressions sur la météo on pourrait penser que l'évocation de cet événement extérieur est sans grand intérêt et que le groupe passe par un moment de stagnation (Cf. phénomène du plateau). Cette discussion sur la pluie et le beau temps est néanmoins nécessaire comme tremplin pour l'énonciation des variations météo relationnelles au sein du couple. Evoquer des sentiments personnels sur le couple permet à plusieurs membres d'utiliser leur agressivité et de la diriger sur Simon T. Il s'agit en fait d'une riposte car ce dernier avait " attaqué " en premier en disqualifiant les vieilles femmes par rapport à la beauté des jeunes. A tour de rôle, six patients énumèrent leur âge ce qui peut faire penser à une recherche de points communs pour se sentir appartenir au groupe et pour apaiser l'état de tension. En effet, face à l'évocation du temps qui a passé et qui fait certainement penser à la mort, le groupe pourrait utiliser cette stratégie pour diminuer l'angoisse ressentie.

Les événements liés à la jeunesse et à la descendance sont évoqués par un sous-groupe de deux personnes (couple de deux femmes) qui dialoguent sur leurs expériences partagées dans leur passé, ceci pendant plusieurs minutes jusqu'à la fin de la séance. La formation de sous-groupes est considérée comme un processus groupal. Comment peut-on l'expliquer dans cette séance ? Pourquoi une telle défense ?
Il est difficile de donner une réponse unique à ces questions, mais la jeunesse, le temps qui a passé, et implicitement le rapprochement à la mort, sont des sujets qui provoquent de l'angoisse chez des patients âgés. Le groupe utiliserait une autre façon pour se rassurer et pour protéger l'unité groupale en désignant deux membres qui se sont connues bien avant l'existence de ce groupe. Le présupposé de couplage énoncé par Bion permettrait ainsi de donner un espoir momentané au groupe quant à son évolution.

" Séance 7 : " Les rivalités "
Le groupe est passé divers moments de tensions qui se poursuivent lors de cette séance. Il est à noter que l'évocation de problématiques personnelles comme la vieillesse, la perte de croyance et les difficultés de communication au sein du couple surviennent justement lors de moments de forte tension, comme pour décharger ce qui pèse et fait souffrir.

En effet, la tension est telle qu'elle finit par se condenser et exploser en fin de séance lorsqu'un patient attaque l'unité et l'utilité du groupe. Comme dans la séance 1, le groupe dévoile ses qualités de protection, de défense par rapport à sa propre existence en tant que groupe " échange ". Les champs respectifs de chaque membre permettent au groupe d'apporter sa particularité en comparaison à d'autres groupes. Concernant le champ du groupe on peut s'apercevoir qu'il est, comme l'a décrit Lewin, " un espace de vie ". Il s'agit bien de cet espace de vie que le groupe, grâce à certains piliers comme Thérèse R., Pierre G. ou encore Simon T., souhaite signifier l'existence.


" Séance 8 : " Le groupe oral "
L'évocation d'actes anthropophagiques ayant eu réellement lieu dans des accidents d'aviation, se transpose dans le groupe. Thérèse R. désigne ironiquement des membres qu'elle souhaiterait " manger " plus particulièrement Simon T. qui montre son mécontentement : " Arrêtons ça…c'est trop sérieux il faut pas… ". Après cette remarque, plusieurs patientes réagissent fortement par des oppositions " Mais non c'est pas sérieux c'est rigolo " ou par une pluie d'attaques, ce qui pourrait faire penser à la recherche d'un bouc émissaire : " Moi je commencerai par Simon T. " ou encore " Oh non alors il est trop gros ! (…) ". Or, celui qui ne serait pas " mangé " c'est Pierre G. parce qu'il " sert encore à quelque chose ". En effet, certains membres considèrent ce patient comme quelqu'un d'instruit qui a des connaissances (essentiellement littéraires, bibliques et scientifiques) ; il est une figure importante car le groupe se réfère à lui, même quand il est absent.

Un patient demande si l'être humain pourrait manger les membres de sa propre famille et Thérèse R. apporte des remarques humoristiques " on mangerait plutôt nos voisins que nos enfants " ou " il faut pas se laver les pieds comme ça y a beaucoup de choses dans le soulier ! " ce qui fait rire plusieurs personnes. Face à ce sujet angoissant, le rire est dans cette séance souvent utilisé par le groupe comme mécanisme de défense pour pallier à l'angoisse de la mort, d'être dévoré et englouti.

Ce mouvement oral du groupe peut être relié au stade " sadique-oral " décrit par Freud. Au niveau fantasmatique, il y a la crainte d'être mangé et d'être anéanti par la mère. Freud en se référent aux peuples primitifs (dans Totem et Tabou, 1913), mentionne " qu'en ingérant des parties du corps d'une personne dans l'acte de dévoration, on s'approprie les propriétés qui ont appartenu à cette personne ". Le sujet s'identifie donc à l'objet en l'incorporant.

Cette séance révèle le passage à une période régressive du développement. On s'aperçoit que tous les membres ne réagissent pas de la même façon ; un patient insiste à plusieurs reprises de mettre un terme à cette discussion. Le reste du groupe ne semble pas à première vue inquiété, mais le rire est souvent utilisé et sert à se défendre contre l'angoisse ressentie.

 

 

 
 
           
   
   
   

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