Vol. 2, núm. 2 - Julio 2003     Revista Internacional On-line / An International On-line Journal  
 


Un groupe d'expression dans un Centre de Thérapies Brèves


Dominique de Verdière

Correspondencia:

Dominique de Verdière 7, avenue Calas 1206 GENEVE - CH

 
 

SUMMARY

The author describes the beginning of a group of expression with a duration of two years. Once their often disabling respective symptomatologies having disappeared, the patients could participate more and more actively, developing in a creative manner a therapeutic tool that the author had only outlined. At the beginning, the groups were of two types: discussion groups about subjects like crisis or daily life and psychomotor groups. Later, thanks to the suggestion of one patient, who maybe made history, they have evolved from an activity that was little verbal at the beginning, to another verbal one led by psychotherapy. Afterwards, the group of expression has continued right up to today. It has been turned into a type of "united group" into which the new patients are more easily integrated.


KEY WORDS

Groups. Expressions.


RESUMEN

La autora describe el comienzo de un grupo de expresión de dos años de duración. Desaparecidas sus respectivas sintomatologías a menudo incapacitantes, los pacientes pudieron participar cada vez más activamente, desarrollando de manera creativa una herramienta terapéutica que la autora no había hecho más que esbozar.Al principio, los grupos eran de dos tipos: grupos de discusión sobre temas tales como la crisis o la vida cotidiana y grupos de psicomotricidad. Más tarde, gracias a la sugestión de un paciente, que supuso un antes y un después, han evolucionado de una actividad poco verbal al principio, a otra verbal conducida por la psicoterapeuta. Después, el grupo de expresión ha continuado así hasta hoy. Se ha convertido en una especie de "grupo cohesionado" al cual los nuevos pacientes se integran más fácilmente.

PALABRAS CLAVE

Grupos. Expresiones.



RESUME

Le propos de l'auteur est de résumer les débuts d'un groupe d'expression après deux ans d'expérience. Malgré leurs symptomatologies respectives souvent envahissantes, les patients ont pu participer de plus en plus activement, en aidant à faire évoluer de manière créative un outil thérapeutique que l'auteur n'avait fait qu'ébaucher au départ. Ces groupes étaient au début de deux types : groupes de discussion sur des thèmes (comme le thème de la crise ou celui de la vie quotidienne) et groupes de psychomotricité. Par la suite, grâce à la suggestion d'un patient, qui a fait date, ils ont évolué d'une activité peu verbale au départ, à une activité verbale médiatisée. Depuis, le groupe d'expression continue encore actuellement sous cette forme. Il est devenu une sorte de " groupe-presse " auquel les nouveaux patients s'intègrent assez facilement dans l'ensemble.

LES MOTS CLÉ

Groupes. Expressions


QUELQUES QUESTIONS PRÉLIMINAIRES

D'une manière générale d'abord : quel patient angoissé ou déprimé n'a pas été aidé dès l'instant qu'il a pu exprimer sa souffrance, la nommer ou la donner à voir ? Lorsque cela se passe dans le cadre d'une relation privilégiée, ce qui était vécu en négatif prend alors un sens, devient un " plus ", prélude à des découvertes sur soi-même annonciatrices de changement et de réaménagement.

Ce thème me parle aussi par rapport à une expérience spécifique : travaillant depuis douze ans dans un des trois secteurs de psychiatrie adulte aux Institutions Universitaires de Psychiatrie à Genève, j'ai eu l'occasion de participer à la transformation d'un hôpital de Jour en un Centre de Thérapies Brèves (C.T.B.), autrement dit un Centre de Crise, unité ambulatoire intermédiaire entre la Consultation et les unités intra-hospitalières Dans ce Centre de thérapies intensives, des patients souffrant pour la plupart de décompensations dépressivo-anxieuses souvent graves (sur des structures variées : états-limites, névroses narcissiques, psychoses…) viennent se soigner la journée (et le cas échéant une ou deux nuits de suite), avec un temps de présence variable selon leur état, leur programme thérapeutique personnalisé (individuel et (ou) groupal), et l'évolution de leur prise en soins.

Dans ce Centre, nous nous référons entre autres au modèle de la crise selon G. Caplan(Caplan, 1964), qui définit la crise comme une rupture dans le cours de l'existence, comme un déséquilibre émotionnel adaptatif face à une situation nouvelle et inévitable.

C'est une période dramatique, certes, pour l'individu et son entourage mais si l'on arrive à profiter de cette phase d'ouverture pour aider le patient à prendre du recul, à réfléchir et à se remettre en question, cela fait aussi de cette crise un moment créatif et privilégié.

LE DÉVELOPPEMENT D'UN GROUPE D'EXPRESSION

C'est dans ce contexte que j'ai mis sur pied, il y a un peu plus de deux ans, en co-thérapie d'abord avec des membres de l'équipe infirmière, puis avec une collègue psychologue, Madame S. Zivojinovic, un groupe d'expression qui venait compléter l'éventail des groupes offerts au C.T.B.. Ces groupes étaient alors de deux types :

- groupes de discussion sur des thèmes (comme le thème de la crise ou celui de la vie quotidienne) ;

- groupes de psychomotricité


Pour des patients dont les capacités de verbalisation sont souvent limitées ou inhibées du fait de la crise qu'ils traversent, il nous a paru utile, dans un premier temps, de médiatiser le contact par une activité comme le dessin, par exemple.

Je venais alors de participer à Londres à une session intensive sur des groupes thérapeutiques variés et j'avais été frappée, entre autres choses, par la correspondance entre ce que nous vivions dans ces groupes et ce qui décorait les murs, à savoir :

- une citation comme : " Personne n'est une île. Chaque être humain est une petite partie d'un continent appelé l'humanité " - phrase qui évoquait pour moi " l'illusion groupale " décrite par D. Anzieu (Anzieu, 1971), la crainte de la fusion, les problèmes d'identité, de similitudes et de différences au sein d'un groupe, etc.

- une peinture représentant un orchestre de chambre : qu'est-ce qui, mieux que cette image, pourrait illustrer ce que l'on peut vivre dans un petit groupe où chacun joue d'un instrument qui lui est propre mais tente de le faire résonner en harmonie avec celui des autres avec plus ou moins de bonheur ?

- une autre peinture enfin représentait une enfilade de pièces aux portes ouvertes : belle image, là aussi, de ce que peuvent apporter des discussions de groupe comme ouverture sur son propre intérieur et sur les rapports interpersonnels.

Ceci m'a donné une idée pour démarrer le groupe d'expression : celle de proposer aux patients de nos groupes de discussion de participer à la décoration de la salle de groupe. Nous étions en effet, aux débuts du C.T.B., dans une phase de réaménagement de nos locaux et nous souhaitions associer à cette entreprise ceux de nos patients qui s'y intéresseraient.

QUELQUES EXEMPLES

La consigne était la suivante : " Essayez de dessiner comment vous vivez le fait de participer à un groupe de discussion ".

- Parmi les volontaires, quatre personnes ont pu exprimer un vécu très personnel : la première venait d'arriver au Centre et était très déprimée. Elle a dessiné en noir un visage triste et, tout en pleurant, elle a fait le commentaire suivant : " c'est moi dans le groupe. J'ai la sensation d'être un fœtus. Je dépends des autres, j'en ai besoin, ça me libère d'une certaine façon, c'est pourquoi je pleure. Mais je suis encore beaucoup tournée vers moi, c'est pourquoi j'ai fait les yeux vides, j'ai l'impression que je n'ai rien à donner aux autres "…

- le deuxième patient, soigné depuis longtemps dans le secteur, était assez ambivalent par rapport aux groupes de discussion : à la fois désireux d'en faire partie et de se revaloriser en les utilisant comme une Tribune pour donner son avis - mais voulant prendre sur lui l'animation du groupe et ayant tendance à se charger de tous les problèmes des autres, il se montrait vite épuisé ou persécuté par ces discussions. Il a fait deux dessins sur le thème proposé : mais en fait de situation groupale, le premier le représentait, lui, sous forme d'un visage de profil, engoncé dans une sorte de canapé. Derrière la tête, il avait dessiné une barre verticale qui signifiait pour lui la tension liée à un passé douloureux. A la réflexion, il a coupé ensuite cette barre en deux morceaux inégaux et, interrogé sur cette transformation de son dessin, il a répondu : " la partie la plus petite de cette tension c'est celle dont j'accepterais de me séparer. Quant à l'autre, je la garde, car elle fait quand même partie de moi ! ".

Il nous a semblé qu'il nous demandait là, à sa manière, de ne pas lui enlever trop vite ses symptômes qui répondaient chez lui à un besoin important dans son économie du moment.

Puis, réalisant qu'il avait plus parlé de lui que du groupe, il a fait un deuxième dessin de lui dans le groupe, sous forme d'un visage à la moue triste, de face, cette fois. Autour de lui, des éclairs évoquaient les tensions qu'il vivait dans les groupes mais un soleil souriant dans un coin de la feuille représentait par ailleurs les moments de détente ou d'humour qu'il avait aussi vécus dans ces groupes : " là, dit-il, ça se dénoue vers un ciel plus serein, et le sourire de chacun amène le soleil… ".

 
 
             
   
   
   

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