SUMMARY
The
author describes the beginning of a group of expression with
a duration of two years. Once their often disabling respective
symptomatologies having disappeared, the patients could participate
more and more actively, developing in a creative manner a therapeutic
tool that the author had only outlined. At the beginning, the
groups were of two types: discussion groups about subjects like
crisis or daily life and psychomotor groups. Later, thanks to
the suggestion of one patient, who maybe made history, they
have evolved from an activity that was little verbal at the
beginning, to another verbal one led by psychotherapy. Afterwards,
the group of expression has continued right up to today. It
has been turned into a type of "united group" into which the
new patients are more easily integrated.
KEY
WORDS
Groups.
Expressions.
RESUMEN
La
autora describe el comienzo de un grupo de expresión de dos
años de duración. Desaparecidas sus respectivas sintomatologías
a menudo incapacitantes, los pacientes pudieron participar cada
vez más activamente, desarrollando de manera creativa una herramienta
terapéutica que la autora no había hecho más que esbozar.Al
principio, los grupos eran de dos tipos: grupos de discusión
sobre temas tales como la crisis o la vida cotidiana y grupos
de psicomotricidad. Más tarde, gracias a la sugestión de un
paciente, que supuso un antes y un después, han evolucionado
de una actividad poco verbal al principio, a otra verbal conducida
por la psicoterapeuta. Después, el grupo de expresión ha continuado
así hasta hoy. Se ha convertido en una especie de "grupo cohesionado"
al cual los nuevos pacientes se integran más fácilmente.
PALABRAS
CLAVE
Grupos.
Expresiones.
RESUME
Le
propos de l'auteur est de résumer les débuts d'un groupe d'expression
après deux ans d'expérience. Malgré leurs symptomatologies respectives
souvent envahissantes, les patients ont pu participer de plus
en plus activement, en aidant à faire évoluer de manière créative
un outil thérapeutique que l'auteur n'avait fait qu'ébaucher
au départ. Ces groupes étaient au début de deux types : groupes
de discussion sur des thèmes (comme le thème de la crise ou
celui de la vie quotidienne) et groupes de psychomotricité.
Par la suite, grâce à la suggestion d'un patient, qui a fait
date, ils ont évolué d'une activité peu verbale au départ, à
une activité verbale médiatisée. Depuis, le groupe d'expression
continue encore actuellement sous cette forme. Il est devenu
une sorte de " groupe-presse " auquel les nouveaux patients
s'intègrent assez facilement dans l'ensemble.
LES
MOTS CLÉ
Groupes.
Expressions
QUELQUES
QUESTIONS PRÉLIMINAIRES
D'une
manière générale d'abord : quel patient angoissé ou déprimé
n'a pas été aidé dès l'instant qu'il a pu exprimer sa souffrance,
la nommer ou la donner à voir ? Lorsque cela se passe dans le
cadre d'une relation privilégiée, ce qui était vécu en négatif
prend alors un sens, devient un " plus ", prélude à des découvertes
sur soi-même annonciatrices de changement et de réaménagement.
Ce
thème me parle aussi par rapport à une expérience spécifique
: travaillant depuis douze ans dans un des trois secteurs de
psychiatrie adulte aux Institutions Universitaires de Psychiatrie
à Genève, j'ai eu l'occasion de participer à la transformation
d'un hôpital de Jour en un Centre de Thérapies Brèves (C.T.B.),
autrement dit un Centre de Crise, unité ambulatoire intermédiaire
entre la Consultation et les unités intra-hospitalières Dans
ce Centre de thérapies intensives, des patients souffrant pour
la plupart de décompensations dépressivo-anxieuses souvent graves
(sur des structures variées : états-limites, névroses narcissiques,
psychoses…) viennent se soigner la journée (et le cas échéant
une ou deux nuits de suite), avec un temps de présence variable
selon leur état, leur programme thérapeutique personnalisé (individuel
et (ou) groupal), et l'évolution de leur prise en soins.
Dans
ce Centre, nous nous référons entre autres au modèle de la crise
selon G. Caplan(Caplan, 1964), qui définit la crise comme une
rupture dans le cours de l'existence, comme un déséquilibre
émotionnel adaptatif face à une situation nouvelle et inévitable.
C'est
une période dramatique, certes, pour l'individu et son entourage
mais si l'on arrive à profiter de cette phase d'ouverture pour
aider le patient à prendre du recul, à réfléchir et à se remettre
en question, cela fait aussi de cette crise un moment créatif
et privilégié.
LE
DÉVELOPPEMENT D'UN GROUPE D'EXPRESSION
C'est
dans ce contexte que j'ai mis sur pied, il y a un peu plus de
deux ans, en co-thérapie d'abord avec des membres de l'équipe
infirmière, puis avec une collègue psychologue, Madame S. Zivojinovic,
un groupe d'expression qui venait compléter l'éventail des groupes
offerts au C.T.B.. Ces groupes étaient alors de deux types :
- groupes
de discussion sur des thèmes (comme le thème de la crise ou
celui de la vie quotidienne) ;
- groupes
de psychomotricité
Pour des patients dont les capacités de verbalisation sont souvent
limitées ou inhibées du fait de la crise qu'ils traversent,
il nous a paru utile, dans un premier temps, de médiatiser le
contact par une activité comme le dessin, par exemple.
Je
venais alors de participer à Londres à une session intensive
sur des groupes thérapeutiques variés et j'avais été frappée,
entre autres choses, par la correspondance entre ce que nous
vivions dans ces groupes et ce qui décorait les murs, à savoir
:
-
une citation comme : " Personne n'est une île. Chaque être humain
est une petite partie d'un continent appelé l'humanité " - phrase
qui évoquait pour moi " l'illusion groupale " décrite par D.
Anzieu (Anzieu, 1971), la crainte de la fusion, les problèmes
d'identité, de similitudes et de différences au sein d'un groupe,
etc.
-
une peinture représentant un orchestre de chambre : qu'est-ce
qui, mieux que cette image, pourrait illustrer ce que l'on peut
vivre dans un petit groupe où chacun joue d'un instrument qui
lui est propre mais tente de le faire résonner en harmonie avec
celui des autres avec plus ou moins de bonheur ?
-
une autre peinture enfin représentait une enfilade de pièces
aux portes ouvertes : belle image, là aussi, de ce que peuvent
apporter des discussions de groupe comme ouverture sur son propre
intérieur et sur les rapports interpersonnels.
Ceci
m'a donné une idée pour démarrer le groupe d'expression : celle
de proposer aux patients de nos groupes de discussion de participer
à la décoration de la salle de groupe. Nous étions en effet,
aux débuts du C.T.B., dans une phase de réaménagement de nos
locaux et nous souhaitions associer à cette entreprise ceux
de nos patients qui s'y intéresseraient.
QUELQUES
EXEMPLES
La consigne était la suivante : " Essayez de dessiner comment
vous vivez le fait de participer à un groupe de discussion ".
-
Parmi les volontaires, quatre personnes ont pu exprimer un vécu
très personnel : la
première venait d'arriver au Centre et était très déprimée.
Elle a dessiné en noir un visage triste et, tout en pleurant,
elle a fait le commentaire suivant : " c'est moi dans le groupe.
J'ai la sensation d'être un fœtus. Je dépends des autres, j'en
ai besoin, ça me libère d'une certaine façon, c'est pourquoi
je pleure. Mais je suis encore beaucoup tournée vers moi, c'est
pourquoi j'ai fait les yeux vides, j'ai l'impression que je
n'ai rien à donner aux autres "…
- le
deuxième patient, soigné depuis longtemps dans le secteur, était
assez ambivalent par rapport aux groupes de discussion : à la
fois désireux d'en faire partie et de se revaloriser en les
utilisant comme une Tribune pour donner son avis - mais voulant
prendre sur lui l'animation du groupe et ayant tendance à se
charger de tous les problèmes des autres, il se montrait vite
épuisé ou persécuté par ces discussions. Il a fait deux dessins
sur le thème proposé : mais en fait de situation groupale, le
premier le représentait, lui, sous forme d'un visage de profil,
engoncé dans une sorte de canapé. Derrière la tête, il avait
dessiné une barre verticale qui signifiait pour lui la tension
liée à un passé douloureux. A la réflexion, il a coupé ensuite
cette barre en deux morceaux inégaux et, interrogé sur cette
transformation de son dessin, il a répondu : " la partie la
plus petite de cette tension c'est celle dont j'accepterais
de me séparer. Quant à l'autre, je la garde, car elle fait quand
même partie de moi ! ".
Il
nous a semblé qu'il nous demandait là, à sa manière, de ne pas
lui enlever trop vite ses symptômes qui répondaient chez lui
à un besoin important dans son économie du moment.
Puis,
réalisant qu'il avait plus parlé de lui que du groupe, il a
fait un deuxième dessin de lui dans le groupe, sous forme d'un
visage à la moue triste, de face, cette fois. Autour de lui,
des éclairs évoquaient les tensions qu'il vivait dans les groupes
mais un soleil souriant dans un coin de la feuille représentait
par ailleurs les moments de détente ou d'humour qu'il avait
aussi vécus dans ces groupes : " là, dit-il, ça se dénoue vers
un ciel plus serein, et le sourire de chacun amène le soleil…
".
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