|
Resumen
El trabajo grupal en coterapia consume mucha energía
y produce con frecuencia descorazonamiento en los cotrapeutas.
Por ellos es necesario que tengan una comunicación abierta
y frecuente y si esposible que dispongan de la opinión
de un tercero.
Cuando un terapeuta experimentado trabajo sólo y sin
supervisión formal, puede, de todas formas, guiarse por
las comunicaciones que sobre su actuación emiten los
miembros del grupo a través de sus "partes sanas",
que les sirven de espejo en que contemplarse.
PALABRAS
CLAVE: Coterapia, grupo, espejo
Summary
Group work in cotherapy uses a lot of energy and frequently
produces a disheartening result in the cotherapists. For this
reason an open and frequent communication is necessary and if
possible that they have a third party opinion.
When
an experienced therapist works alone and without formal supervision,
he or she can, in any case, be guided by the communications
issued by members of the group about their action through their
" partes sanas " or " healthy part " which
can be used as a mirror for contemplation.
KEY WORDS: Cotherapy,
group, model.
Introduction
Qu'entend-on
par co-thérapie ? J. Forest (Forest J, 1998) la définit
comme " la conduite partagée de processus thérapeutiques,
dans le même temps, le même lieu et par les mêmes
personnes ".
La
co-thérapie est largement pratiquée à Genève
dans l'institution psychiatrique, aussi bien au sens large (groupes
pavillonnaires animés par l'équipe pluridisciplinaire
d'unités intra-hospitalières) qu'au sens strict
(deux thérapeutes animant des groupes verbaux en ambulatoire).
Nous ne parlerons ici que de la co-thérapie au sens strict,
pour des groupes d'orientation analytique, semi-ouverts et à
long terme, dans une consultation de secteur.
La
co-thérapie a été souvent critiquée
dans la littérature spécialisée, depuis
l'expérience pionnière de G. Genevard et P. Jordi
(Genevard G, Jordi P, 1968). Pour l'avoir expérimentée
et appréciée pendant des années, nous aimerions
donner ici un point de vue positif qui puisse encourager certains
thérapeutes à la pratiquer. Dans le cadre de l'institution
elle nous paraît avoir une double utilité. Le travail
en co-thérapie comporte des aspects formateurs originaux.
Il permet aussi de contenir plus facilement des patients très
symptomatiques.
L'expérience
qui a nourri cette réflexion s'étend sur une période
de onze ans, avec trois groupes différents. Nous ne parlerons
ici que du premier groupe mixte (cf. l'article sur " les
règles "),. qui est celui qui a duré le plus
longtemps (dix ans), avec trois co-thérapeutes successifs
(deux hommes et une femme). Les deux auteurs de ce texte ont
co-animé ce groupe ensemble pendant ses quatre dernières
années.
Le cadre institutionnel : un tiers présent-absent
L'institution,
nous dit L. Michel (Michel L, 1998), est " un contenant
dans lequel se déroule le groupe, à l'image d'une
poupée russe qui contient le dispositif groupal ".
Elle est extérieure au groupe (qui projette beaucoup
de choses sur elle et réciproquement) et en même
temps elle l'englobe. L'institution est souvent à l'origine
du projet groupal lui-même, ou alors il faut que le projet
des thérapeutes obtienne son accord. Elle joue donc un
rôle important et exerce une influence sur le fonctionnement
du groupe.
Les
groupes de notre Consultation de secteur ont été
conçus d'abord comme des groupes de " post-crise
" pour des patients sortant du Centre de thérapies
brèves (C.T.B.), dans une optique de prévention
de la rechute comme Vèrdiere et Salvador ont dite (D.
de Verdière, A. Salvador, 1989). Par la suite ils ont
été ouverts également à des patients
suivis au long cours pour des troubles de la personnalité.
La
hiérarchie médicale s'est montrée favorable
à la création de ces groupes qui permettaient
à la fois d'élargir le registre des traitements
à disposition et de contribuer à la formation
groupale des médecins (il s'agissait de jeunes chefs
de clinique ayant déjà une expérience de
la psychothérapie individuelle, généralement
en analyse et sensibilisés à la dynamique de groupe).
Groupe
semi-ouvert : pour les patients mais aussi pour les thérapeutes
Dans
un groupe semi-ouvert, des changements de patients s'opèrent
périodiquement. Ce qu'écrit C. Neri (Neri C, 1997)
à propos de l'arrivée d'un nouveau membre et de
la réaction des anciens pourrait aussi s'appliquer au
nouveau co-thérapeute (bien qu'il soit généralement
traité au début plus par une certaine ignorance
que par une hostilité ouverte) : le nouveau a le désir
de commencer, de regarder, de comprendre, mais il a aussi peur
de se perdre, peur de l'anonymat, de la confusion, de la fusion.
Les anciens peuvent avoir une attente ou un espoir de renouveau
et en même temps ignorer l'intrus ou lui montrer une hostilité
latente. Celle-ci n'est pas dirigée contre le nouveau
en tant que personne mais en tant que représentant de
ce qui est extérieur au groupe, en tant qu'étranger
faisant irruption dans le groupe.
A
chaque changement de participant, il s'agit d'un " nouveau
groupe " dont il faut soigner la mutation pour que l'angoisse
de persécution ou la dépersonnalisation ne soient
pas les plus forts.
Il faut donc faire connaissance, s'apprivoiser, rappeler le
but et les règles du groupe. Il faut pour cela veiller
à ce que personne ne soit ignoré ou envahi et
s'occuper des deux sous-groupes (anciens et nouveaux), pour
que chacun trouve ou retrouve sa place.
Dans
notre pratique, les co-thérapeutes ont changé
tous les deux ou quatre ans, soit parce qu'ils quittaient le
service, soit parce qu'ils devaient céder leur place
à un collègue plus jeune désireux de se
former au travail groupal. Le changement de co-thérapeute
ajoute un niveau de complexité supplémentaire.
Il ne devrait pas pour autant représenter un problème
majeur mais plutôt un matériel de plus à
travailler.
Dans
le groupe dont il est question, le tournus des patients était
en moyenne de deux à trois ans (mais avec des différences
importantes entre certains patients). La thérapeute senior
(que nous appellerons S) était présente pendant
toute la durée du groupe, ce qui lui donnait un rôle
de " mémoire du groupe " et garantissait une
certaine continuité. Les trois co-thérapeutes
sont restés deux ans pour le premier (A), quatre ans
pour la seconde (B) et quatre ans pour le dernier (C).
Nous
avons choisi de décrire comment patients et thérapeutes
ont vécu le premier changement de co-thérapeutes,
le passage de A à B, soit le plus difficile, car nous
n'avions que deux ans de groupe derrière nous. Avec l'expérience
et une co-thérapie plus longue, le passage de B à
C s'est fait plus facilement.
Passage d'un co-thérapeute à l'autre
La
période dont nous parlons s'étendant sur six mois,
nous avons choisi des extraits significatifs concernant la problématique
de la séparation et du changement dans le groupe, car,
parallèlement au départ de A, trois patients vont
quitter le groupe.
Au début de l'été où les thérapeutes
(S et A) savent que A va changer de service en octobre, le groupe
se compose de sept patients, cinq femmes et deux hommes.
Thérèse et Catherine* (prénoms fictifs)
(qui se sont connues au groupe-crise du C.T.B.), font partie
de ce groupe depuis le début, dix-huit mois auparavant.
Victor est arrivé peu après. Puis, successivement,
Patricia, Paul, Sabine et Fabienne (prénoms fictifs)
les ont rejoints.
Avant
que A n'ait pu annoncer son départ en octobre, Thérèse
et Victor parlent de leur projet de quitter le groupe. Ils font
un bilan relativement satisfaisant de leur participation au
groupe pendant un peu moins de deux ans, mais S et A ne s'attendaient
pas à ce départ maintenant, d'autant plus que
Thérèse avait longuement parlé de ses problèmes
de séparation, de sa peur de la dépendance et
de son sentiment qu'il lui faudrait au moins six mois pour préparer
son départ. Or, là, elle est en colère
contre Paul qui est absent, et en rage parce que le groupe va
s'interrompre deux semaines pendant l'été. Elle
choisit de partir avant les vacances du groupe, selon le principe
: mieux vaut quitter que d'être quitté. Elle ne
se donne qu'un mois pour élaborer la fin. Plusieurs patients
essaient de la retenir, sans succès : sa décision
est prise. Une tentative d'interpréter son départ
comme une fuite en avant reste vaine.
Une
première allusion est faite aux changements habituels
de médecins assistants en octobre, mais Thérèse
déclare : " On ne peut pas remplacer, en psychothérapie
". Or, c'est à la séance suivante, en juillet,
que A annonce pour octobre son départ du Service, et
donc du groupe. Après une première réaction
de surprise silencieuse arrive la question de savoir si A aura
un successeur dans le groupe. Lorsque les patients apprennent
que A va travailler en Gériatrie, fusent alors des fantasmes
sur la possibilité de retrouver ce médecin "
quand on sera vieux " et sur l'image de la vieillesse,
sereine pour les uns, négative pour les autres. Thérèse
dénie toute colère : " Je peux quitter le
groupe, car je n'ai plus d'agressivité ! " ainsi
que ses problèmes de séparation : " On peut
faire son deuil avant ". La séance se termine sur
le thème des animaux familiers qui, plus fiables que
les humains, leur apportent, eux, une affection fidèle
et inconditionnelle
D'abord
déniée, la colère est exprimée à
la séance suivante, où l'on assiste à une
flambée de critiques contre les " psy " en
général : " C'est la froideur scientifique
", dit Patricia, " on fait comme si on avait toutes
les réponses, mais on ne peut pas vraiment comprendre
la dépression si on n'est pas passé par là
". Fabienne renchérit : " Qu'en savez-vous
? Ce sont souvent leurs problèmes personnels qui poussent
les psy à choisir cette profession
en plus ils
sont chers ! et ils ont des répondeurs impersonnels pour
protéger leur vie privée contre leurs patients..
ce n'est pas comme le médecin de famille à l'ancienne,
qui, lui, était plus accueillant et disponible ! ".
Après
le lien fait entre ces critiques et l'annonce du départ
de A, Thérèse demande à Fabienne si ce
départ lui fait quelque chose. " Je suis contre
la tristesse programmée, on verra bien ! " répond
Fabienne. Patricia, elle, a l'impression de " travailler
comme une bête pour ne pas sentir les choses pénibles
".
Thérèse
aimerait " partir en beauté quand tout le monde
sera là " (il manque Paul, en vacances). Réplique
de Fabienne, agacée : " Vous attendez une dernière
séance agréable, mais peut-être que c'est
là qu'on va vous rentrer dedans ! ".
A
la séance suivante, le conflit continue, en partie provoqué
par Thérèse, qui dit ne vouloir revoir du groupe
après son départ que Catherine, qu'elle connaît
depuis plus longtemps que les autres. Thérèse
se rappelle la règle de ne pas parler du groupe en dehors,
mais elle pense qu'elle peut très bien revoir amicalement
Catherine et parler d'autre chose. Elle revient sur son bilan
personnel : le groupe a joué pour elle un rôle
de contenant et lui a permis de négocier la séparation
d'avec sa fille, avec laquelle elle entretenait une relation
fusionnelle. Elle trouve que Patricia et Sabine ont également
évolué. Fabienne se montre ironique devant ces
compliments qui ne lui sont pas destinés, mais elle doit
reconnaître que Thérèse, qui prend beaucoup
de place dans le groupe, l'a aussi dynamisé et stimulé.
Thérèse dit regretter de ne pas " savoir
la suite du groupe ", mais elle admet qu'on " ne peut
pas à la fois quitter le groupe et y rester "
Le
groupe s'interrompt pour deux semaines. A la reprise, A est
seul avec le groupe. Il tente de rependre le thème des
absences, des départs et des changements difficiles à
vivre, mais Fabienne se fait le porte-parole du narcissisme
blessé des participants en disant : " Je veux épargner
au groupe ma colère, mais vous me mettez des tomates
bien mûres dans les mains pour vous les jeter ! ".
Le climat est à la solitude et à la colère
rentrée. Sabine se dit néanmoins contente de retrouver
la future co-thérapeute (B) qu'elle avait appréciée
au C.T.B. En fin de séance, Fabienne annonce également
son départ, mais dit qu'elle attend le retour de S pour
en parler plus longuement.
C'est
ce qu'elle fait au retour de S. Fabienne rappelle qu'à
l'origine elle était venue en espérant que nous
prendrions en soins son fils toxicomane. Cet espoir a été
déçu, mais elle a fait tout un cheminement pour
" dompter son désespoir " et pour supporter
sa relative impuissance par rapport à son fils qu'elle
ne peut " réparer ".
Son
fonctionnement n'est plus sur le mode " tout ou rien "
: elle accueille son fils, mais elle lui met plus de limites
et se dit que c'est lui maintenant qui est responsable de sa
vie. Parlant du groupe, elle le compare joliment à "
un grand magasin, où l'on va chercher quelque chose de
précis, qu'on ne trouve pas, mais on repart avec autre
chose ". Elle a appris à prendre un peu de distance
face à ses problèmes familiaux douloureux et surtout
à s'occuper d'elle. En fait, même s'il y a des
choses à dire sur sa décision de partir en même
temps que A et que d'autres patients, elle termine le groupe
plutôt mieux que prévu et se joint aux autres qui
disent au revoir chaleureusement à A à la fin
de sa dernière séance. Seul manque Paul, absent
pour deux semaines de service militaire. Pour une fois, il se
sentait assez bien pour le faire, mais cela lui évitait
aussi la confrontation directe avec les séparations.
Plusieurs
patients se disent assez déçus qu'un homme soit
remplacé par une femme, et Catherine est inquiète
pour la survie du groupe, car nous sommes passés en peu
de temps de sept à quatre patients.
Sabine,
reparlant de son fils adoptif qui " cherche sa voie ",
S fait le lien avec ce groupe qui est aussi à un carrefour
: avec plusieurs départs et pas encore d'arrivée,
entre deux co-thérapeutes et entre deux locaux (passage
du C.T.B. à une salle de groupe à la Consultation).
En
octobre, c'est l'arrivée de B. Comme souvent quand un
nouveau médecin arrive, on lui parle d'abord de médicaments,
c'est plus neutre et cela permet de voir venir. Puis, Patricia
restitue à B sa peur de rechuter, car c'est l'anniversaire
de sa venue au C.T.B., où B était son médecin.
Le fait de la revoir ravive pour elle le mauvais souvenir de
sa décompensation. Sabine se plaint de n'avoir plus d'ouïe,
Patricia plus de goût ni d'odorat. S reformule la situation
: Comment faire ou refaire connaissance avec sa collègue
et rompre la glace, va-t-on pouvoir s'entendre, dans les deux
sens du terme ? Le groupe se détend un peu, mais nous
constatons qu'il n'est pas facile de faire à la fois
le deuil de l'ancien groupe et l'investissement du nouveau.
A
la séance suivante, quand B annonce sa semaine de vacances
d'octobre, la tension monte à nouveau et trois patients
font un véritable réquisitoire contre " les
mères ".
La
semaine d'après, S est seule avec le groupe. Trois patients
sur quatre ont leur thérapeute en vacances et se sentent
abandonnés. Les mères sont vues comme très
présentes mais trop autoritaires, les pères comme
faibles, absents ou indifférents. Tout se passe comme
si les deux thérapeutes femmes devenaient brusquement
mauvaises : S qui est la thérapeute senior et stable
est vue comme une mère phallique. B (qui sera vécue
plus tard un peu comme une grande sur idéalisée)
représente au début un père absent qui
ne peut encore faire le poids par rapport à celui qui
est parti.
S
et B notent une tendance du groupe à vouloir régresser
à des sortes de thérapies individuelles devant
témoins, du fait du petit nombre et devant l'effort d'adaptation
à fournir.
Quand
il manque un patient et que le groupe est petit, la personne
manquante manque davantage et " on est sur la sellette
", dit Patricia. On doit se dévoiler plus, "
se mettre à nu " et " le temps de la séance
paraît plus long : si on est trois, ça fait une
demi-heure chacun ! ". En outre, ajoute-t-elle, dans un
petit groupe elle a plus peur d'amener sa déprime, de
contaminer les autres et de se faire rejeter si le reste du
groupe se sent envahi, impuissant ou épuisé, comme
c'est le cas pour sa fille et son ex-mari. Paul tente, à
sa manière bien particulière, de la rassurer :
" Vous n'avez pas de crainte à avoir, je suis déjà
déprimé ! ". Lui-même confond les prénoms
du thérapeute et des patients qui sont partis
Par
la suite, Sabine trouvera aussi des avantages au nombre restreint
de participants : c'est l'occasion d'approfondir certains thèmes
et de prendre davantage sa place.
Le
premier trimestre du " nouveau groupe " n'a été
facile pour personne. Chez les patients, plusieurs défenses
se sont faites jour : fuite en avant, déni de la colère
et de la tristesse par rapport aux départs et à
l'angoisse de séparation, tendance à la régression.
Mais chaque fois que la colère a pu sortir, le groupe
s'est détendu et la confiance a pu se renforcer, permettant
ainsi un deuxième temps, où des sentiments positifs
ont pu aussi être exprimés.
En
ce qui concerne S, même si elle se réjouissait
de travailler désormais avec B, elle se sentait mal à
l'aise de lui présenter un groupe aussi réduit
et mal en point. Il y avait plusieurs difficultés à
affronter : faire en même temps un deuil et un accueil,
tout en préparant l'arrivée de nouveaux patients
à un rythme acceptable. En institution, ce sont les médecins
qui posent les indications thérapeutiques. Le groupe
était dans les chiffres rouges depuis trois mois : difficile
de continuer un groupe avec seulement quatre patients. Il fallait
donc relancer des contacts avec le C.T.B. et mieux informer
les médecins de la Consultation, pour que ce groupe puisse
s'agrandir et reprendre un nouveau souffle.
De
son côté, B a trouvé difficile de succéder
à un homme, pour le couple thérapeutique, et difficile
de " prendre en marche le train du groupe " (en entrant
dans un groupe qu'elle n'avait pas contribué à
créer), avec le sentiment d'être de passage et
la perspective de rester peut-être moins de temps que
certains patients. Mais elle a assez vite trouvé sa place,
et les différences professionnelles entre les thérapeutes
ont permis une certaine complémentarité.
L'intégration
d'un nouveau co-thérapeute reste un moment crucial dans
un groupe semi-ouvert. D'autant plus que les patients n'y sont
pas préparés au départ. En effet, lors
du (ou des) entretien(s) préliminaire(s), nous leur précisons
que le nombre de patients peut aller jusqu'à 8 à
la fois et que, lorsque quelqu'un part, une place se libère
pour quelqu'un d'autre, à plus ou moins brève
échéance. Mais nous ne leur parlons pas de possibles
changements de co-thérapeutes ; d'abord parce que certains
patients partiront avant les 2 à 4 ans en question et
ne seront donc pas concernés, ensuite, parce que nous
ne savons pas à l'avance le temps que durera telle ou
telle collaboration. En introduisant ce changement dans le cadre
en cours de route, comme Michel a dit (L. Michel, 1998), c'est
un peu une surprise empoisonnée que nous leur faisons.
Mais en même temps, c'est aussi un reflet de la vie, où
nous ne savons pas tout au départ, heureusement. C'est
alors l'occasion d'aider les patients à faire face à
l'imprévu.
Cette
intégration se fait en plusieurs étapes. Au début,
le co-thérapeute est relativement silencieux. Il faut
en effet lui laisser le temps d'arriver, de faire connaissance
avec les patients et de voir comment fonctionne le groupe. Pour
S., qui est alors la plus active, l'inconvénient passager
de conduire le groupe devant témoin est compensé
par le plaisir d'avoir un nouveau partenaire choisi, avec qui
partager l'expérience.
Après
quelques semaines (le temps d'adaptation peut varier selon les
collègues), il s'agit que le co-thérapeute puisse
progressivement prendre une part plus active dans le groupe.
Pour cela, S doit lui laisser suffisamment d'espace et ne pas
intervenir toujours en premier. Les interventions sont donc
à moduler au fur et à mesure. Ceci est discuté
au post-groupe, qui constitue un temps de compréhension
et d'élaboration partagées. C'est là, avant
le groupe lui-même, que le nouveau co-thérapeute
a l'occasion de prendre sa place. Les deux thérapeutes
se retrouvent dans une situation de partenariat, sans que leurs
différences soient gommées.
A
partir du moment où il leur a été possible
de parler de la place respective de chacun, il s'agit d'alterner
la parole et l'écoute, de pouvoir suivre sa propre inspiration,
tout en tenant compte du rythme de l'autre. C'est alors, idéalement,
ce qui est décrit comme le stade de la " co-thérapie
sans efforts ", Dick a dit (B. Dick et coll., 1980), une
étape où domine la créativité personnelle,
dans le respect de celle de l'autre.
Lorsque
le nouveau co-thérapeute, qui a " hérité
" des patients qui l'ont précédé,
peut proposer lui-même de nouveaux patients, ceci constitue
pour lui un facteur d'intégration. C'est ainsi que C,
qui était à l'époque chef de clinique au
C.T.B, a commencé à envisager pour certains patients
un traitement de post-crise en groupe.
|
|